Transmission · 11 min de lecture

Transmettre son patrimoine : donation, démembrement et assurance-vie, le guide 2026

Transmettre son patrimoine ne se résume pas à rédiger un testament. En France, les droits de succession peuvent atteindre 45 % en ligne directe et 60 % entre personnes sans lien de parenté. Pourtant, la loi offre des outils simples, cumulables et parfaitement légaux pour organiser cette transmission de son vivant. Voici comment les combiner.

Mickaël ThiollierMickaël Thiollier, conseiller en gestion de patrimoine Mis à jour le 15 juin 2026
transmettre son patrimoineTS
L'essentiel en 30 secondes
  • Chaque parent peut donner 100 000 € à chaque enfant sans droits, abattement renouvelable tous les 15 ans.
  • Le démembrement permet de transmettre plus pour une valeur fiscale moindre, surtout si l'on donne tôt.
  • L'assurance-vie offre un circuit de transmission parallèle, hors succession.

Pourquoi anticiper plutôt que subir la succession

Une succession non préparée coûte cher, et pas seulement en impôts. Elle génère des indivisions bloquées, des conflits entre héritiers et des ventes forcées pour payer les droits. Transmettre son patrimoine de son vivant permet au contraire de choisir qui reçoit quoi, à quel moment et dans quelles conditions.

Le mécanisme central est simple : chaque abattement se reconstitue tous les quinze ans. Un parent de 50 ans qui commence à donner aujourd'hui peut donc utiliser trois fois le même abattement avant 95 ans. Celui qui attend le décès ne l'utilise qu'une seule fois.

J'accompagne régulièrement des familles de la région lyonnaise sur ce sujet. Le constat est toujours le même : plus on s'y prend tôt, plus les solutions sont nombreuses et douces. Le premier entretien, offert, sert justement à poser le diagnostic avant toute décision. Vous pouvez réserver cet entretien patrimonial en ligne.

Les abattements 2026 pour transmettre son patrimoine

Les abattements dépendent du lien de parenté entre le donateur et le bénéficiaire. Ils s'appliquent aux donations comme aux successions, et se renouvellent tous les quinze ans pour les donations. Les montants ci-dessous sont ceux publiés par service-public.fr (page vérifiée en mai 2026).

BénéficiaireAbattement par donateurRenouvellement
Enfant (ou parent)100 000 €Tous les 15 ans
Petit-enfant31 865 €Tous les 15 ans
Arrière-petit-enfant5 310 €Tous les 15 ans
Époux ou partenaire de Pacs80 724 €Tous les 15 ans
Frère ou sœur15 932 €Tous les 15 ans
Neveu ou nièce7 967 €Tous les 15 ans
Personne handicapée (cumulable)159 325 €Tous les 15 ans
Don familial d'argent (art. 790 G)31 865 €Tous les 15 ans, donateur de moins de 80 ans

Un couple avec deux enfants peut ainsi transmettre 400 000 € en franchise totale de droits tous les quinze ans, uniquement avec l'abattement de 100 000 €. En ajoutant le don familial de sommes d'argent de 31 865 € par parent et par enfant, le total monte à 527 460 €.

Le don familial de sommes d'argent

Ce don (article 790 G du Code général des impôts) concerne uniquement l'argent : virement, chèque, espèces. Le donateur doit avoir moins de 80 ans, le bénéficiaire doit être majeur. Il se cumule avec l'abattement classique, sans condition d'emploi des fonds.

Le dispositif temporaire 2025-2026 pour le logement

La loi de finances pour 2025 a créé une exonération supplémentaire (article 790 A bis du CGI). Chaque donateur peut donner jusqu'à 100 000 € à un enfant, petit-enfant ou arrière-petit-enfant, dans la limite de 300 000 € reçus par bénéficiaire. Les fonds doivent financer, dans les six mois, l'achat d'un logement neuf ou des travaux de rénovation énergétique éligibles à MaPrimeRénov' dans la résidence principale.

Cette fenêtre se referme le 31 décembre 2026. Le logement doit rester résidence principale pendant cinq ans. Pour un parent, la somme transmissible sans droits à un enfant atteint alors 231 865 € en cumulant les trois dispositifs. Vérifiez les conditions précises sur impots.gouv.fr avant de signer.

Le barème des droits au-delà des abattements

Une fois l'abattement consommé, le surplus est taxé selon un barème progressif. En ligne directe (parents-enfants), les taux sont les suivants.

Part taxable après abattementTaux
Jusqu'à 8 072 €5 %
De 8 073 € à 12 109 €10 %
De 12 110 € à 15 932 €15 %
De 15 933 € à 552 324 €20 %
De 552 325 € à 902 838 €30 %
De 902 839 € à 1 805 677 €40 %
Au-delà de 1 805 677 €45 %

Entre frères et sœurs, le taux grimpe à 35 % puis 45 %. Pour les neveux et nièces, il est de 55 %. Entre personnes sans lien de parenté, concubins compris, il atteint 60 % dès le premier euro. Le conjoint survivant et le partenaire de Pacs sont, eux, totalement exonérés de droits de succession.

Concrètement, un enfant qui hérite de 300 000 € d'un parent, sans donation préalable, paie environ 38 000 € de droits. Le même montant transmis en deux donations espacées de quinze ans ne coûte rien. C'est tout l'enjeu de la planification.

Donation simple ou donation-partage ?

La donation simple transfère un bien à un bénéficiaire. Elle présente un inconvénient majeur lorsqu'il y a plusieurs enfants : au décès, le bien donné est « rapporté » à la succession pour sa valeur au jour du décès, pas au jour de la donation. L'enfant qui a bien fait fructifier son don peut donc se retrouver pénalisé.

La donation-partage règle ce problème. Elle fige les valeurs au jour de l'acte, à condition que tous les enfants y participent et acceptent leur lot. Elle évite les contestations ultérieures et sécurise l'équilibre familial. Elle se fait obligatoirement devant notaire.

Ce qu'il faut savoir avant de signer

  • Une donation est irrévocable : on ne récupère pas ce que l'on a donné, sauf cas exceptionnels prévus par la loi.
  • La réserve héréditaire protège les enfants : avec deux enfants, deux tiers du patrimoine leur reviennent obligatoirement. Seule la quotité disponible peut aller à un tiers.
  • Les frais de notaire sur une donation immobilière représentent environ 1 à 2 % de la valeur du bien, à prévoir en plus des éventuels droits.
  • Une donation peut inclure des clauses protectrices : droit de retour, interdiction d'aliéner, exclusion de communauté.

Le démembrement de propriété, l'outil le plus efficace

Le démembrement sépare la propriété d'un bien en deux droits. L'usufruit donne le droit d'utiliser le bien et d'en percevoir les revenus. La nue-propriété donne le droit d'en disposer, sans pouvoir l'occuper ni le louer tant que l'usufruit existe.

Pour transmettre son patrimoine, la stratégie classique consiste à donner la nue-propriété à ses enfants et à conserver l'usufruit. Le parent continue d'habiter sa maison ou de percevoir ses loyers. Au décès, l'usufruit s'éteint et les enfants deviennent pleins propriétaires, sans aucun droit supplémentaire à payer.

Le barème fiscal de l'usufruit (article 669 du CGI)

Les droits de donation ne portent que sur la valeur de la nue-propriété. Celle-ci dépend de l'âge de l'usufruitier au jour de la donation.

Âge de l'usufruitierValeur de l'usufruitValeur de la nue-propriété
Moins de 51 ans60 %40 %
De 51 à 60 ans50 %50 %
De 61 à 70 ans40 %60 %
De 71 à 80 ans30 %70 %
De 81 à 90 ans20 %80 %
Plus de 90 ans10 %90 %

Exemple : un parent de 58 ans donne la nue-propriété d'un appartement de 200 000 € à son enfant. La nue-propriété vaut 50 %, soit 100 000 €. L'abattement couvre tout. Aucun droit n'est dû, et à son décès l'enfant récupère la pleine propriété sans taxation, quelle que soit la valeur du bien à ce moment.

Démembrement et SCPI ou assurance-vie

Le démembrement ne concerne pas que l'immobilier en direct. On peut démembrer des parts de SCPI, un portefeuille de titres ou la clause bénéficiaire d'un contrat d'assurance-vie. Pour les SCPI, le sujet rejoint celui de l'investissement en SCPI, que j'ai détaillé dans un guide dédié.

L'assurance-vie, un circuit de transmission à part

L'assurance-vie ne fait pas partie de la succession civile. Les capitaux versés aux bénéficiaires suivent un régime fiscal propre, souvent plus favorable que le barème des droits.

  • Pour les primes versées avant 70 ans : chaque bénéficiaire profite d'un abattement de 152 500 € (article 990 I du CGI). Au-delà, taxation de 20 % jusqu'à 700 000 €, puis 31,25 %.
  • Pour les primes versées après 70 ans : abattement global de 30 500 € sur les primes, tous bénéficiaires confondus (article 757 B). Les gains restent exonérés.
  • Le conjoint ou partenaire de Pacs bénéficiaire est exonéré dans tous les cas.

Un contrat de 300 000 € alimenté avant 70 ans, avec deux enfants bénéficiaires à parts égales, se transmet donc sans aucune taxation. Ce mécanisme se cumule avec les abattements de 100 000 € des donations. La fiscalité de l'assurance-vie avant et après 8 ans, et la rédaction de la clause bénéficiaire, font l'objet d'un article complet.

Attention aux primes « manifestement exagérées » au regard du patrimoine et de l'âge. Les héritiers lésés peuvent demander leur réintégration à la succession. Un contrat alimenté avec cohérence ne pose aucun problème.

Transmettre une entreprise ou un patrimoine important

Pour les dirigeants, le pacte Dutreil permet une exonération de 75 % de la valeur des titres transmis, sous conditions d'engagement de conservation (deux ans collectif, puis quatre ans individuel) et d'exercice d'une fonction de direction. Combiné à la donation en pleine propriété avant 70 ans, il ouvre droit à une réduction de droits supplémentaire de 50 %.

Pour les patrimoines financiers importants, la société civile familiale est un outil intéressant. Les parents apportent leurs actifs à une société civile, en donnent les parts en nue-propriété et conservent la gérance. Ils gardent le contrôle des décisions tout en ayant transmis l'essentiel de la valeur. Ce montage se construit avec un notaire et un avocat, en coordination avec le conseiller patrimonial.

Pour les chefs d'entreprise qui s'interrogent aussi sur le placement de leur trésorerie, j'ai détaillé les options dans un article sur la trésorerie d'entreprise. Vous trouverez l'ensemble de mes domaines d'intervention sur la page des expertises du cabinet.

Les 5 erreurs les plus fréquentes

  • Attendre trop longtemps. Les abattements se renouvellent tous les quinze ans. Chaque période non utilisée est définitivement perdue.
  • Oublier le conjoint survivant. Donner tout aux enfants peut laisser le conjoint en difficulté. Une donation au dernier vivant ou un démembrement bien pensé protègent les deux.
  • Faire des donations déguisées. Un don manuel non déclaré reste taxable au décès, avec pénalités. Le formulaire 2735 se dépose en ligne gratuitement.
  • Négliger la clause bénéficiaire. Une clause mal rédigée (« mes héritiers ») peut faire retomber les capitaux dans la succession ou oublier un petit-enfant.
  • Donner trop. On ne récupère jamais ce que l'on a donné. L'espérance de vie augmente, les frais de dépendance aussi. Il faut conserver assez pour vivre sereinement.
« Je vois trop de familles qui découvrent les droits de succession au pire moment. Transmettre son patrimoine, ce n'est pas se dépouiller. C'est décider, calmement, de ce qui compte pour vous. »

Ce que je vous conseille

Voici les quatre réflexes que j'applique avec mes clients avant toute transmission.

  • Commencez par un bilan patrimonial complet. Avant de donner, on vérifie que vos revenus et votre réserve de sécurité couvrent vos besoins jusqu'à la fin de votre vie, y compris une éventuelle dépendance. C'est le cœur de ma méthode de travail.
  • Utilisez d'abord les outils gratuits. Abattement de 100 000 €, don familial de 31 865 €, dispositif logement jusqu'au 31 décembre 2026 : ces leviers ne coûtent rien et se cumulent.
  • Démembrez plutôt que de donner en pleine propriété. Vous gardez les revenus et l'usage, vos enfants reçoivent la valeur. C'est la solution la plus équilibrée dans la grande majorité des cas.
  • Relisez vos clauses bénéficiaires tous les cinq ans. Mariage, naissance, divorce, décès : une clause doit vivre avec votre famille.

Chaque famille est différente, et la bonne combinaison dépend de votre âge, de votre situation matrimoniale et de la nature de vos actifs. Si vous souhaitez un plan de transmission chiffré et personnalisé, prenez rendez-vous pour un premier entretien offert d'1h30 au cabinet à Miribel ou en visioconférence.

Questions fréquentes

Combien peut-on donner à son enfant sans payer de droits en 2026 ?

Chaque parent peut donner 100 000 € à chaque enfant tous les quinze ans, plus 31 865 € en argent si le parent a moins de 80 ans. Jusqu'au 31 décembre 2026, un don supplémentaire de 100 000 € est exonéré s'il finance un logement neuf ou une rénovation énergétique. Un couple peut donc transmettre plus de 460 000 € à un enfant sans droits.

Quelle est la différence entre donation et donation-partage ?

La donation simple est rapportée à la succession pour sa valeur au jour du décès, ce qui peut créer des déséquilibres entre enfants. La donation-partage fige les valeurs au jour de l'acte et répartit les biens entre tous les enfants. Elle évite les conflits et se signe chez le notaire.

Peut-on donner sa maison et continuer à y vivre ?

Oui, grâce au démembrement. Vous donnez la nue-propriété à vos enfants et conservez l'usufruit. Vous restez chez vous ou percevez les loyers jusqu'à votre décès. Les droits sont calculés uniquement sur la nue-propriété, selon votre âge au jour de la donation.

L'assurance-vie est-elle vraiment hors succession ?

Civilement, oui : les capitaux vont directement aux bénéficiaires désignés. Fiscalement, les primes versées avant 70 ans bénéficient d'un abattement de 152 500 € par bénéficiaire, et celles versées après 70 ans d'un abattement global de 30 500 €. Les primes manifestement exagérées peuvent toutefois être contestées par les héritiers.

Faut-il déclarer un don manuel d'argent ?

Oui. Le don manuel se déclare via le formulaire 2735 sur impots.gouv.fr, dans le mois qui suit. La déclaration fait courir le délai de quinze ans et sécurise l'abattement. Un don non déclaré sera taxé au décès, pour sa valeur à ce moment.

À partir de quel âge est-il trop tard pour transmettre son patrimoine ?

Il n'est jamais trop tard, mais l'efficacité diminue avec l'âge. Le barème du démembrement devient moins favorable après 70 ans, le don familial d'argent s'arrête à 80 ans et les versements en assurance-vie après 70 ans sont moins bien traités. L'idéal est d'agir entre 55 et 70 ans.

Les informations de cet article sont fournies à titre pédagogique à la date de publication et ne constituent pas un conseil personnalisé. Les placements présentent un risque de perte en capital ; la fiscalité dépend de votre situation et de la législation en vigueur. Seule une étude patrimoniale permet de valider une stratégie.

Mickaël Thiollier
Mickaël Thiollier

Conseiller en gestion de patrimoine indépendant (CIF, ORIAS, CNCEF). Dix ans d'expérience en finance après un parcours dans l'immobilier. Il accompagne particuliers, dirigeants et professions libérales en visioconférence ou au cabinet.

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