Épargne · 11 min de lecture

Investissement responsable : comprendre les labels ISR, Greenfin et Finansol avant d'investir

L'investissement responsable est devenu incontournable dans les contrats d'assurance-vie et les PER. Mais entre les labels officiels, les classifications européennes et les discours marketing, difficile de savoir ce que l'on achète vraiment. Ce guide explique ce que garantissent les labels ISR, Greenfin et Finansol, ce qu'a changé la réforme du label ISR, et comment en mettre dans votre épargne sans sacrifier la performance.

Mickaël ThiollierMickaël Thiollier, conseiller en gestion de patrimoine Mis à jour le 5 octobre 2026
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L'essentiel en 30 secondes
  • Trois labels, trois promesses : ISR, Greenfin et Finansol.
  • Le label ISR a été durci en 2024 : vérifiez la date de labellisation du fonds.
  • Un placement responsable s'intègre facilement dans une assurance-vie ou un PER.

Qu'est-ce que l'investissement responsable ?

L'investissement responsable (ou ISR, investissement socialement responsable) consiste à intégrer des critères extra-financiers dans le choix des placements. Ces critères sont regroupés sous l'acronyme ESG : environnement (émissions de CO2, biodiversité, gestion des déchets), social (conditions de travail, égalité, relations avec les fournisseurs) et gouvernance (indépendance du conseil, rémunération des dirigeants, lutte contre la corruption).

Plusieurs approches coexistent, et elles n'ont pas la même exigence :

  • L'exclusion : on écarte certains secteurs (tabac, armement controversé, charbon). C'est l'approche la plus ancienne et la plus simple.
  • Le « best-in-class » : on sélectionne, dans chaque secteur, les entreprises les mieux notées sur les critères ESG. Un pétrolier peut donc figurer dans un fonds ISR s'il est le « meilleur » de son secteur. C'est la source de nombreuses critiques.
  • L'approche thématique : on investit dans des entreprises dont l'activité répond à un enjeu précis (énergies renouvelables, eau, santé).
  • L'investissement à impact : on cherche un effet mesurable, social ou environnemental, en plus du rendement financier. C'est le domaine de la finance solidaire.
  • L'engagement actionnarial : on utilise ses droits de vote pour pousser les entreprises à progresser.

Un même mot, « responsable », recouvre donc des réalités très différentes, et tout investissement responsable n'a pas la même exigence. D'où l'intérêt des labels, qui fixent un cahier des charges vérifié par un organisme indépendant.

Les trois labels français à connaître

La France dispose de trois labels publics ou reconnus, chacun avec un objectif distinct. Les chiffres ci-dessous sont des ordres de grandeur publiés par les organismes labellisateurs et la presse spécialisée à l'automne 2026.

LabelCréé enPorté parObjectifFonds labellisés (ordre de grandeur)
ISR2016Ministère de l'ÉconomieIntégration ESG rigoureuse, exclusion progressive des énergies fossiles depuis 2024Environ 1 000 fonds (contre plus de 1 300 avant la réforme)
Greenfin2015Ministère de la Transition écologiqueFinancement de la transition énergétique et écologique, exclusion stricte du nucléaire et des fossilesEnviron 100 fonds, 36 milliards d'euros
Finansol1997Association FAIRFinance solidaire : logement très social, insertion, agriculture bio, solidarité internationalePlusieurs centaines de produits (fonds, livrets, actions non cotées)

Le label ISR

C'est le plus répandu. Il concerne les fonds actions, obligations, diversifiés et, depuis 2020, les fonds immobiliers (SCPI, OPCI). Le gestionnaire doit analyser l'ESG d'au moins 90 % des titres en portefeuille, exclure les 30 % les moins bien notés de l'univers de départ (ou améliorer la note moyenne de façon significative), et publier des indicateurs de suivi. Le label est attribué pour trois ans, avec des audits intermédiaires, par des organismes comme Afnor Certification, Deloitte ou EY.

Le label Greenfin

Plus sélectif, il cible les fonds qui financent directement la transition écologique : énergies renouvelables, efficacité énergétique, économie circulaire, transports propres. Il exclut totalement les énergies fossiles et le nucléaire. Les fonds Greenfin sont donc plus concentrés, avec une volatilité souvent supérieure.

Le label Finansol

Il distingue les produits d'épargne solidaire. Soit le produit investit une partie de ses actifs dans des entreprises solidaires non cotées (fonds « 90/10 » de l'épargne salariale), soit il reverse une part de sa performance à des associations. Le rendement financier est souvent plus faible, en échange d'un impact direct et mesurable. Les informations officielles sur ces trois labels sont disponibles sur economie.gouv.fr.

La réforme du label ISR : ce qui a changé en 2024 et 2025

Le label ISR a longtemps été critiqué pour sa tolérance aux énergies fossiles. Une étude citée par la presse financière montrait en 2022 que TotalEnergies figurait dans près de 30 % des fonds labellisés. Le gouvernement a réagi en publiant, en décembre 2023, un nouveau référentiel.

  • 1er mars 2024 : le nouveau référentiel s'applique à toute nouvelle demande de label.
  • 1er janvier 2025 : les fonds déjà labellisés devaient s'être mis en conformité.

Les principales nouveautés sont les suivantes :

  • Exclusion des entreprises qui exploitent du charbon ou des hydrocarbures non conventionnels (gaz de schiste, sables bitumineux).
  • Exclusion des entreprises qui lancent de nouveaux projets d'exploration, d'exploitation ou de raffinage de pétrole et de gaz.
  • Obligation d'analyser le plan de transition climatique de chaque entreprise détenue, et de désinvestir si les objectifs ne sont pas tenus.
  • Principe de « double matérialité » : le gestionnaire doit évaluer à la fois les risques ESG pour l'entreprise et l'impact de l'entreprise sur son environnement.
  • Gestion renforcée des controverses (pollution, droits humains, corruption).

Le résultat a été un tri important. Sur environ 1 340 fonds labellisés fin 2024, près de 30 % ont perdu ou abandonné le label, faute de pouvoir se conformer. Une partie des fonds ont dû vendre leurs positions dans les grandes compagnies pétrolières. Le label est aujourd'hui plus exigeant, donc plus crédible pour qui veut un investissement responsable sans compromis sur les fossiles.

La classification européenne SFDR, à lire avec prudence

En parallèle des labels français, le règlement européen SFDR (2021) impose aux fonds de se classer dans l'une de trois catégories : article 6 (pas d'objectif durable), article 8 (promotion de caractéristiques ESG) ou article 9 (objectif d'investissement durable). Ces catégories sont déclaratives : ce sont les gestionnaires eux-mêmes qui se classent, sans label ni audit externe.

Un fonds « article 8 » n'est donc pas forcément exigeant. La Commission européenne a d'ailleurs engagé fin 2025 une révision du règlement pour remplacer ces articles par des catégories plus lisibles. En attendant, les labels restent le repère le plus fiable pour un particulier. L'AMF encadre par ailleurs, depuis 2020, la communication des fonds sur leurs caractéristiques extra-financières, en exigeant que les engagements soient « significatifs » et mesurables.

Performance : l'investissement responsable rapporte-t-il moins ?

C'est la question que tout le monde pose. La réponse honnête est : ni plus, ni moins, sur longue période. Les études académiques et les comparaisons d'indices (par exemple l'indice MSCI World et sa version ESG) montrent des écarts de performance limités, tantôt favorables, tantôt défavorables selon les périodes.

  • Sur 2019-2021, les fonds ESG ont souvent surperformé, portés par la technologie et l'absence de pétrole dans un contexte de prix bas.
  • Sur 2022, ils ont sous-performé lorsque les énergies fossiles ont bondi avec la guerre en Ukraine.
  • Sur dix ans glissants, l'écart annuel moyen reste généralement inférieur à un point, dans un sens ou dans l'autre.

Ce qui compte davantage que l'étiquette, c'est la qualité de la gestion, le niveau des frais et la diversification. Un fonds ISR à 2,5 % de frais annuels fera moins bien qu'un fonds indiciel ESG à 0,3 %. Et un fonds thématique très concentré (Greenfin, par exemple) sera plus volatil qu'un fonds diversifié. Dans tous les cas, les unités de compte présentent un risque de perte en capital, et les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Les frais, premier critère de sélection

Pour un même univers, on trouve aujourd'hui des ETF ESG ou ISR à 0,15-0,30 % de frais, des fonds actifs labellisés entre 0,8 et 2 %, et des fonds à impact au-delà. Sur vingt ans, un point de frais annuel représente environ 20 % de capital final en moins. C'est l'un des critères que j'examine en priorité dans la sélection des supports.

Comment intégrer l'investissement responsable dans une assurance-vie ou un PER

La loi Pacte a rendu l'accès obligatoire : depuis 2022, tout contrat d'assurance-vie multisupport doit proposer au moins une unité de compte labellisée ISR, une labellisée Greenfin et une labellisée Finansol. Les PER assurantiels suivent la même logique. Vous avez donc, dans votre contrat actuel, au minimum trois supports responsables. Reste à savoir lesquels, et s'ils sont bons.

Méthode en quatre étapes

  • Listez les unités de compte labellisées de votre contrat. L'assureur doit fournir cette information, et les labels figurent sur les fiches des fonds.
  • Comparez les frais et l'historique de chaque support sur cinq ans au moins, par rapport à un indice de référence comparable.
  • Choisissez votre dosage. Vous pouvez décider que 30, 50 ou 100 % de vos unités de compte seront labellisées. L'important est de conserver une diversification géographique et sectorielle.
  • Vérifiez la gestion pilotée. De nombreux assureurs proposent désormais un profil « responsable » ou « ISR » en gestion pilotée, pratique pour un PER à horizon retraite.

Si votre contrat est ancien, avec peu de supports et des frais élevés, il peut être pertinent d'en ouvrir un second plus moderne, sans fermer le premier pour conserver son antériorité fiscale. Les règles de la fiscalité de l'assurance-vie après huit ans et le fonctionnement du PER en 2026 sont détaillés dans deux articles dédiés.

Le choix des supports fait partie intégrante de la méthode du cabinet : nous définissons d'abord vos objectifs et votre profil de risque, puis seulement les fonds qui y répondent, labellisés ou non.

Repérer le greenwashing en 6 vérifications

Le greenwashing, ou écoblanchiment, consiste à présenter un produit comme plus vertueux qu'il ne l'est. En épargne, il prend des formes subtiles. Voici les points à contrôler avant de qualifier un fonds d'investissement responsable.

  • Le nom du fonds. « Climat », « Durable », « Vert » ne sont pas des labels. Depuis 2025, les autorités européennes imposent des seuils minimaux pour utiliser ces termes, mais la vigilance reste de mise.
  • Le label réel. Cherchez le logo officiel et la date d'obtention sur le document d'information clé.
  • Les dix premières lignes du portefeuille. Elles sont publiées chaque mois. Si vous y trouvez des entreprises contraires à vos convictions, l'approche « best-in-class » est à l'œuvre.
  • La politique d'exclusion écrite. Un gestionnaire sérieux publie ses seuils (par exemple : exclusion au-delà de 5 % du chiffre d'affaires dans le charbon).
  • Les indicateurs d'impact. Intensité carbone, part verte du chiffre d'affaires, nombre d'emplois créés pour la finance solidaire. Sans indicateur chiffré, le discours reste un discours.
  • Les frais. Un fonds « responsable » facturé 1 point de plus qu'un équivalent classique fait payer l'étiquette, pas la performance.
« Je ne demande jamais à un client d'investir responsable par principe. Je lui demande ce qu'il veut financer, et ce qu'il refuse de financer. Ensuite, on cherche les fonds qui correspondent, avec des frais raisonnables. Le label aide, mais il ne remplace pas le discernement. »

Ce que je vous conseille

  • Commencez par clarifier vos convictions. Exclure les fossiles ? Financer la transition ? Soutenir l'économie sociale ? Chaque réponse oriente vers un label différent, et le dosage vous appartient.
  • Regardez d'abord dans votre contrat actuel. Il contient déjà des supports labellisés, souvent inutilisés. Un simple arbitrage, gratuit dans la plupart des contrats, suffit parfois.
  • Ne sacrifiez ni la diversification ni les frais. Un portefeuille responsable reste un portefeuille : plusieurs zones géographiques, plusieurs classes d'actifs, des frais contenus. La conviction ne doit pas se payer par un risque de concentration.
  • Faites-vous accompagner pour la sélection. Le premier entretien d'1h30 est offert. Nous passons en revue vos contrats, identifions les supports labellisés disponibles et construisons une allocation cohérente avec vos objectifs. Réservez votre rendez-vous au cabinet de Miribel ou en visioconférence. Vous trouverez aussi un aperçu de mes domaines d'intervention sur la page expertises.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre ISR et ESG ?

ESG désigne les trois familles de critères extra-financiers (environnement, social, gouvernance). ISR désigne la démarche d'investissement qui utilise ces critères, et en France le label officiel qui la certifie. Un fonds peut intégrer des critères ESG sans être labellisé ISR.

Les fonds ISR rapportent-ils moins que les fonds classiques ?

Non, pas de façon systématique. Sur longue période, les écarts de performance entre indices classiques et indices ESG sont faibles et varient selon les années. Les frais et la qualité de la gestion pèsent davantage que le label. Le risque de perte en capital reste présent dans les deux cas.

Mon assurance-vie propose-t-elle forcément des fonds responsables ?

Oui si c'est un contrat multisupport. Depuis 2022, la loi Pacte impose au moins une unité de compte labellisée ISR, une Greenfin et une Finansol dans chaque contrat. Demandez la liste à votre assureur ou consultez les fiches des supports.

Qu'est-ce qui a changé avec la réforme du label ISR ?

Depuis le 1er mars 2024 pour les nouveaux fonds et le 1er janvier 2025 pour les fonds existants, le label exclut les entreprises du charbon, des hydrocarbures non conventionnels et celles qui développent de nouveaux projets pétroliers ou gaziers. Environ 30 % des fonds ont perdu le label à cette occasion.

Comment savoir si un fonds fait du greenwashing ?

Vérifiez la présence d'un label officiel et sa date, lisez les dix premières lignes du portefeuille, cherchez une politique d'exclusion chiffrée et des indicateurs d'impact publiés. Un nom évocateur sans label ni indicateur est un signal d'alerte.

Peut-on faire de l'investissement responsable avec des ETF ?

Oui. De nombreux ETF répliquent des indices ESG ou « Paris-aligned », avec des frais très faibles, et certains portent le label ISR. Ils offrent une diversification large à moindre coût, mais leur approche est souvent moins sélective qu'un fonds actif thématique ou solidaire.

Les informations de cet article sont fournies à titre pédagogique à la date de publication et ne constituent pas un conseil personnalisé. Les placements présentent un risque de perte en capital ; la fiscalité dépend de votre situation et de la législation en vigueur. Seule une étude patrimoniale permet de valider une stratégie.

Mickaël Thiollier
Mickaël Thiollier

Conseiller en gestion de patrimoine indépendant (CIF, ORIAS, CNCEF). Dix ans d'expérience en finance après un parcours dans l'immobilier. Il accompagne particuliers, dirigeants et professions libérales en visioconférence ou au cabinet.

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